Avr 12, 2019

Olivier Mevel - Pour une agriculture européenne juste et durable

Tribune

L’agriculture au cœur du projet européen

La Politique Agricole Commune (PAC) est une des politiques les plus anciennes et les plus intégrées de l’Union européenne. Et ce pour une raison très simple : mettre en commun notre stratégie agricole, c’est mettre en commun ce qui est à la base de notre société.

 

Cette politique fondatrice de l’Europe a aussi permis à notre agriculture de connaître un développement important en assurant aux agriculteurs que leur production serait toujours achetée. Mais la PAC a dû s’adapter à un monde qui changeait et même si l’on ne garantissait plus l’achat, un principe essentiel était resté : les mêmes règles pour tous. Mais au fur et à mesure des réformes, des élargissements ou des exceptions accordées, la PAC a perdu ce principe de compétition juste et équitable qui est pourtant un principe fondateur de l’Union européenne.

 

Et c’est en cela que notre liste, Les Européens, souhaite profiter de ces élections pour débattre d’agriculture et défendre notre vision. Ce débat se doit d’être le plus large possible car outre les agriculteurs, il concerne tous les européens qui contribuent aujourd’hui à hauteur de 125€ par an au budget de la PAC.

 

C’est justement parce que les européens ont appris à réfléchir comme de véritables citoyens-consommateurs que nous voulons porter un important message jusqu’au Parlement européen : l’agriculture est une chance pour l’Europe mais notre politique agricole connaît des défauts qui doivent être corrigés.

 

Notre agriculture est une chance car elle connaît autant de diversité que l’Europe connaît de climats, de territoires, de cultures ; elle est le reflet de nos modes de vie. Elle est même plus largement à l’image du mode de vie européen, sain, durable et équilibré. En effet, notre continent, mais surtout notre pays, possède l’agriculture la plus durable du monde selon un classement de The Economist, dans lequel 8 des 10 premiers pays sont européens avec la France en tête.

 

Notre agriculture est une chance car elle nous assure une souveraineté alimentaire des plus importante dans un monde de plus en plus multipolaire. L’Union européenne est la première puissance agricole mondiale avec une production annuelle de plus de 400 milliards d’euros et des exportations hors Europe qui s’élèvent à 130 milliards. La Ferme France n’est pas en reste puisque dans ce grand ensemble nous sommes de loin la première puissance agricole de l’Europe !

 

Mais les échanges commerciaux s’intensifient dans le monde et les denrées alimentaires sont devenues des produits comme les autres, soumis aux lois d’un marché de plus en plus inéquitable à l’extérieur, comme à l’intérieur de l’Europe. Nous devons donc définir une nouvelle stratégie pour permettre à l’Europe de rester à la fois la première puissance agricole mondiale tout en gardant un modèle agricole sain et durable qui prend en compte les besoins des citoyens européens.

 

De nombreux défis pour l’agriculture européenne

Cette nouvelle stratégie passe déjà par un budget ambitieux pour la prochaine PAC. Alors que la Commission européenne annonce une baisse de 5% pour le prochain budget, nous, les Européens, ne pouvons accepter de voir les fonds consacrés à nos agriculteurs baisser. Ce d’autant plus que la concurrence mondiale n’a jamais été aussi rude et que les autres grandes puissances agricoles protègent plus que jamais leurs agriculteurs, c’est ainsi qu’assurer un budget important, c’est assurer notre autonomie alimentaire. Nous proposons ainsi de réattribuer aux agriculteurs tout ou partie des 6 milliards annuel que les Etats européens récupéreront du chèque britannique après le Brexit. Cet argent est d’autant plus important pour nos agriculteurs que plusieurs menaces planent aujourd’hui au-dessus de la réforme avec l’arrivée de nouveaux députés au Parlement. Nous mettrons tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir le revenu de nos agriculteurs à travers la protection du 1er pilier mais aussi du maintien de l’aide à l’hectare, du couplage animal ou des zones à handicaps. Cette protection de nos agriculteurs doit se faire dans un contexte pourtant tendu au Parlement européen et nous voulons rappeler ici un principe fort : ce sera à la commission chargée de l’agriculture de traiter de ce dossier et à elle seule, nous ne pouvons prendre le risque d’une co-gestion par la commission chargée de l’environnement comme certains écologistes de la liste de la majorité le souhaiteraient.

 

La politique agricole doit donc s’assurer de la pérennité du revenu de nos agriculteurs mais ce n’est pas le seul problème auquel ces derniers font face.

 

Il existe aujourd’hui de trop nombreuses substances interdites pour nos agriculteurs en Europe que l’on retrouve pourtant dans nos produits importés. Nous ne pouvons accepter une telle concurrence déloyale envers nos agriculteurs mais surtout nous ne pouvons accepter que la santé des consommateurs européens soit mise en danger avec ces importations. Il nous faut donc interdire tout produit issu de mode de production discutable qui entrerait sur notre continent sans respecter nos règles sanitaires et environnementales. Pour autant, il serait présomptueux de penser que les règles à l’intérieur de l’Europe assurent aujourd’hui une concurrence libre et non faussée entre les agriculteurs européens.

 

Notre liste est europhile mais pas eurobeate, nous souhaitons défendre les intérêts de nos agriculteurs français trop injustement frappés par la concurrence de pays où les minimums sociaux sont bien plus faibles. C’est pourquoi nous souhaitons mettre en place un taux minimum de cotisations pour rapprocher le niveau de nos protections sociales ainsi qu’un taux minimum d’imposition sur les sociétés. Notre agriculture française se démarque par son excellence mais elle est trop souvent mise en concurrence avec ces autres produits européens qui ne connaissent pas les mêmes exigences. Il faut cependant être vigilant à ne pas tomber dans la critique trop facile de l’Europe, le décalage dans la mise en œuvre des normes qui peut exister est bien souvent dû aux autorités françaises et je souhaite personnellement que ces pratiques de surtransposition des normes européennes prennent fin. Les combats pour assurer un revenu juste aux agriculteurs sont quotidiens, ils ne concernent pas que la concurrence entre agriculteurs. Il faut d’ailleurs saluer le courage de l’Union européenne d’avoir réussi à adopter une législation sur les pratiques commerciales déloyales dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire, c’est un bon début mais nous devons aller plus loin, garantir plus d’équité dans cette chaîne et surtout permettre aux agriculteurs de mieux vivre de leur revenu. 

 

Cette vision que nous souhaitons porter, c’est celle d’une Europe plus juste, mais aussi celle d’une Europe plus saine et inventive. Alors que les scandales sanitaires font rages, que la confiance des consommateurs s’use, c’est à l’Union européenne d’apporter des réponses. La transparence de ses contrôles sur les produits phytosanitaires doit être totale pour que les citoyens achètent européens en tout confiance. Mais nous devons aussi entendre le cri de ces mêmes citoyens qui veulent voir moins de pesticides dans leurs assiettes. C’est pourquoi nous proposons qu’une frange plus importante de cette PAC redynamisée finance des recherches en agronomie autour de 2 grands axes : l’agriculture de précision et les nouvelles technologies de sélection végétale - pour lesquelles nous militons afin qu’un règlement à part entière leur soit consacré. Il faut être clair, cela demandera beaucoup d’efforts mais notre rôle est d’accompagner nos agriculteurs, aucun d’entre eux ne doit être abandonné dans cet objectif commun.

 

Nous voulons promouvoir le modèle agricole de demain, celui qui va dans le sens de ce que représente l’Europe, un territoire à la pointe de l'innovation, empli de justice et qui saura garantir à ses habitants le mode de vie durable qui nous caractérise. Au travers de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la concurrence ou des marchés, je souhaite consacrer toutes mes forces pour relever ces défis au Parlement européen dans le sens des combats que de grands représentants de l’agriculture française ont pu porter à Bruxelles ; que ce soit Michel Dantin ou Michel Barnier ; je tâcherai d’être leur digne successeur.

 

Olivier MEVEL 

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